Les Douglas et Berthe Leroy sur le Titanic
Extrait de When We Went First Class, de Ellen Williamson
Extrait de When We Went First Class, de Ellen Williamson
Quelques archives de presse sur Berthe Leroy
Biographie de Berthe Leroy, rescapée du Titanic
Jamais Berthe Leroy, jeune femme modeste, fille de mineur, couturière de son métier, n’aurait cru qu’un jour son nom ferait la Une du New York Times ; et pourtant, le 16 avril 1912, au lendemain de l’impossible naufrage du Titanic, son nom s’y trouvait imprimé en majuscules, six lignes seulement en dessous de celui de Bruce Ismay, PDG de l’une des plus grandes compagnies maritimes au monde, la White Star Line. Malheureusement, la TSF du Carpathia déforma son patronyme en « miss Bertha Lavory ». Berthe Leroy, qui toute sa vie ne fut, pour beaucoup, que la dame de compagnie d’une milliardaire américaine, a mené une vie incroyable, comme bien peu peuvent se targuer d’avoir vécu. Avec ce numéro spécial de Latitude 41 entièrement dédié à Berthe Leroy, nous vous proposons de faire connaissance avec cette jeune femme, à travers les mots émus de sa famille, les interviews qu’elle a données à la presse au fil des ans, mais surtout à travers les archives familiales : pour la première fois, des photos exceptionnelles, dont personne ne soupçonnait l’existence ni l’importance historique, sont rendues publiques. Les lecteurs de Latitude 41 sont les premiers à qui nous offrons ce cadeau inestimable. Berthe Leroy ne sera plus jamais « la bonne de Madame Douglas » sur laquelle très peu de choses sont connues, un nom dans une liste, un nombre dans des statistiques : grâce à ce numéro de Latitude 41, elle reprend vie pour nous conter son destin exceptionnel, son sourire et ses yeux sont bouleversants. Plus qu’un album de famille, ce numéro se veut un hommage, en attendant celui, officiel, que nous lui rendrons en 2002, en dévoilant une plaque sur sa tombe.
Quelques jours après le naufrage du Titanic, la White Star Line a affrété des navires afin de retrouver les corps des victimes qui flottaient sur l’Atlantique nord. Du 17 avril au 6 juin 1912, 328 corps furent ainsi repêchés ; 119 furent rejetés à la mer, ne pouvant être transportés ; les 209 autres furent rapatriés à Halifax (Nouvelle-Écosse, Canada). Sur ces 209 corps, 59, officiellement identifiés, furent rendus aux familles qui les réclamèrent. Les autres furent enterrés dans trois cimetières de la ville : Fairview Lawn (121 corps dont 30 non identifiés) ; Baron de Hirsch (10 corps dont 8 non identifiés) ; Mount Olivet (19 corps dont 5 non identifiés). Depuis 1912, les tombes sont entretenues, fleuries, et reçoivent la visite des familles et des curieux. C’était trop beau pour durer.
Si je vous annonce que le Titanic a jeté l’ancre tout près de Disneyland Paris, ce ne sera pas une blague. Le nouvel aquarium géant de Sea Life a ouvert ses portes ce printemps dans l’enceinte du Auchan de Marne-la-Vallée. Parmi les superbes attractions, celle qui a retenu toute mon attention a été Au Cœur du Titanic, une promenade au pied même de l’épave, à travers des parois vitrées monumentales. Tout d’abord, c’est l’ancre, géante, tout droit jaillie du mur de l’aquarium, qui surprend.
Tout le monde reconnaît le jeune garçon sur la photo ci-dessus ; il fait partie de l’histoire du Titanic. Cette photo a été reproduite dans tant de livres. Mais de qui s’agit-il ? Son nom est Ned Parfett, et au moment du naufrage, il n’était âgé que de 16 ans. Lui aussi devait connaître une fin tragique, à l’âge de 22 ans. Lors de la Première guerre mondiale, il était en service en France ; il fut tué dans un bombardement allemand, à quelques jours seulement de l’Armistice. Il s’était enrôlé dans l’Artillerie Royale en 1916, il était chargé des transmissions puis, il reçut l’ordre de partir en reconnaissance. Son nom fut cité dans des rapports et on lui attribua la Médaille Militaire pour sa conduite courageuse lors d’une série de missions. Ned était originaire de Cornwall Road, Waterloo, Londres ; ses quatre autres frères firent aussi la guerre ; ce fut le seul à ne pas en revenir.
Le naufrage du Titanic a inspiré, en l’espace de quelques décennies, des centaines d’artistes, écrivains, poètes, dramaturges, cinéastes et compositeurs. Son pouvoir de fascination ne s’est jamais démenti. Publicitaires en mal d'inventivité, journalistes, humoristes et dessinateurs contemporains ne s’y trompent pas : une référence au géant de la White Star Line, c'est l'assurance de faire mouche à chaque coup. Le Titanic est un symbole universel. Un symbole de tout et de rien. Son image n’a-t-elle pas été détournée, caricaturée à l’extrême ? Ne l'a-t-on pas banalisée ? Loin de ces interrogations dignes d’un sujet du bac philo, il est un aspect de cette catastrophe qui conserve tout son sérieux, toute sa gravité, toute sa solennité : c’est sa dimension strictement humaine. Dans ce domaine, on confine à la sacro-sainteté. De part et d’autre de l’Atlantique, des passionnés remuent ciel et terre pour retracer l’itinéraire des survivants du Titanic, pour retrouver toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, ont eu un rapport quelconque avec lui. Combien d’anecdotes oubliées ou méconnues se perdent-elles encore dans son sillage, languissant d’être exhumées ? Le petit article qui suit cette (longue) introduction vous propose justement de découvrir une de ces anecdotes, surprenante, émouvante et dramatique. Mais comment pourrait-il en être autrement s’agissant du Titanic ?