Non, le Titanic n’est pas maudit
Le Titanic était-il maudit ? La rengaine revient sans cesse depuis 1912. Attaquons nous frontalement à ce dossier.
Le Titanic était-il maudit ? La rengaine revient sans cesse depuis 1912. Attaquons nous frontalement à ce dossier.
2023 se referme, et elle fut forte en émotions pour les passionnés du Titanic. En juin, le drame du Titan nous a laissés plusieurs jours entre la sidération et l’espoir, avant de nous plonger dans la tristesse. Avec Paul-Henri Nargeolet, nous avons perdu une grande figure de l’histoire du Titanic. Mais cet été fut aussi celui du retour, après dix ans, de l’exposition des objets du Titanic à Paris ; une exposition dont « PH » aurait probablement été un invité d’honneur, lui qui tenait tant à ce que ces souvenirs matériels du naufrage soient visibles du plus grand nombre ! Comme vous le verrez dans notre synthèse sur l’exposition, celle-ci nous laisse cependant en bouche un goût mitigé.
La BBC a dévoilé dernièrement des images inédites de l'épave du Titanic, fruit d'un travail de cartographie réalisé par les sociétés Magellan Ltd, spécialiste des fonds marins, et Atlantic Productions, qui préparerait un documentaire sur ce projet. Ce scan en trois dimensions de l'épave a été réalisé grâce à des centaines de milliers d'images en haute résolution, prises par des submersibles télécommandés qui ont sondé l'épave sous tous les angles.
Quarante-trois objets remontés du Titanic, et restaurés à l’initiative de la société RMS Titanic inc, sont exposés à la Cité de la mer à Cherbourg depuis le 4 avril. Cette exposition a été inaugurée par madame Jennifer Sanders, accueillie par monsieur Michel Rouger, en présence d’une assistance nombreuse. L’amiral préfet maritime de la Manche et son épouse étaient présents à cette réception, à laquelle l’Association Française du Titanic était représentée par son trésorier, et par Sylvie Hoose.
C'est à Paris qu'une quinzaine de membres de l'association se sont retrouvés pour notre assemblée générale, qui s'est tenue le 29 avril dernier. Le Titanic s'est naturellement invité dans les discussions lors de notre repas du midi, pris dans une brasserie proche de l'Assemblée Nationale ; ce fut une très bonne occasion d'entamer la conversation pour des membres qui, pour certains, participaient à notre assemblée pour la première fois.
George Behe est, ces derniers mois, un auteur particulièrement prolifique qui nous a apporté plusieurs ouvrages aux angles étonnants. En 2023, il sort Fate Deals a Hand, un beau petit livre consacré au monde des joueurs professionnels du Titanic, dont le destin a suscité bien des légendes.
Vous le remarquez peut-être en feuilletant Latitude 41, nous manquons de contributeurs et contributrices et les mêmes signatures reviennent fréquemment. Mais se lancer dans les recherches et l’écriture n’est pas simple ! Comment débuter, où chercher ? Quelles erreurs éviter ? Faire un travail d’historien, ce n’est pas seulement raconter des événements passés en les piochant dans des documents datés : cela exige une certaine méthode, et des précautions, auxquelles je vais essayer de vous initier ici.
Connaissons-nous si bien la chronologie du naufrage du Titanic ? Si les heures de la collision (23 h 40) et de la disparition du navire (2 h 20) sont notoirement acceptées, le déroulé précis des événements séparant ces deux points prête déjà plus à débat. Et pour cause ! Qui, pris dans la tourmente de ce genre de drame, prend le temps de noter précisément l’heure de chaque péripétie ? Et du reste, quelle heure ? Celle d’une montre mal réglée ? Celle, vaguement arrondie, d’une horloge regardée du coin de l’œil ? Celle obtenue par ouï-dire ? Pour toutes ces raisons, toute chronologie ne peut être qu’approximative, et relative (telle chose s’est passée un peu avant, ou après, telle autre). Mais dans le cas du Titanic, deux problèmes viennent s’ajouter, récemment mis en valeur par les travaux de Samuel Halpern et d’une équipe de chercheurs chevronnés. D’une part, l’heure à bord du Titanic était unique au monde (c’est l’Apparent Time Ship, ATS, ou temps apparent du navire), et il n’a pas été simple de la mettre en parallèle avec l’heure de New York et du reste du monde. D’autre part, à bord du paquebot, on changeait l’heure chaque soir à minuit, ce qui, vu l’heure du naufrage, n’a pu qu’ajouter une vague de spéculations. Faisons donc le point sur un sujet aussi pointu que passionnant.
La nouvelle a été rendue publique le 22 juin 2023, au terme de plusieurs jours de recherches et d’angoisse alimentée par les médias du monde entier : le submersible Titan de la société OceanGate a été détruit quatre jours plus tôt au cours de sa descente vers le Titanic. Parmi les cinq victimes de ce drame, la communauté titanicophile pleure particulièrement la perte de l’océanaute Paul-Henri Nargeolet, dont le nom restera dans l’histoire comme celui d’un des plus grands spécialistes de l’épave.
Nous avons bouclé ce numéro dans une triste période, au milieu de la folie médiatique qui s’est emparée de la dramatique disparition du Titan. Nos pensées vont, évidemment, aux cinq victimes et à leurs proches. Dans nos pages, Jean-Philippe Marre rend donc hommage à Paul-Henri Nargeolet, qui a tant apporté à notre connaissance de l’épave du navire. Alors que des objets du Titanic sont à nouveau exposés à Paris cet été, nous ne pouvons qu’honorer ce pionnier des fonds marins grâce à qui nous pouvons les contempler.